Stratégie digitale

Digitalisation, la charrue avant les boeufs

Sébastien Broquet Transformation numérique 0 Comments

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Comme vous l’autre compris, la digitalisation est ma passion. C’est un domaine hautement anxiogène car vous ne savez jamais ce qui va se passer dans les dix prochaines minutes mais je suppose que c’est cette incertitude qui en fait tout l’intérêt.

Plus le temps passe, plus les innovations s’accélèrent, à moins que ce ne soit la circulation de l’information, ce qui revient à peu près au même. Une innovation majeure ou mineure fait désormais le tour de la planète en quelques fractions de secondes et le flot est continu.

Tout cela pourrait vous faire croire que tout le monde maîtrise les technologies et que vous êtes la dernière roue du carrosse, mais à bien y regarder peu de gens comprennent réellement de quoi il retourne. A chacun son expertise.

La digitalisation c’est quoi ?

Posez la question à 20 personnes et vous aurez 20 réponses. Le sujet est vaste, a de multiples dimensions et ne peut être réduit à une simple recette.

Il y a quelques années, on aurait parlé d’informatisation ou d’e-transformation, les mots changent mais le principe reste le même. Prendre une composante de la vie de tous les jours ou une fonction de l’entreprise et y appliquer une technologie pour l’accélérer ou la remplacer.

Donc au final c’est prendre quelque chose qui n’est pas digital et y injecter 1% à 100% de digital.

Prenez Uber versus les taxis,

  • Taxi traditionnel = 0% de digital, il a parfois un appareil à carte bancaire mais il ne fonctionne jamais
  • Taxi avancé = 10% de digital, il a une machine à carte bancaire qui fonctionne et un GPS
  • Société de taxi = 20% de digital, machine à carte bancaire, GPS, site de réservation par téléphone, parfois en ligne et même parfois une application
  • Uber = 30% de digital, comme la société de taxi mais en temps réel

Même Uber n’est pas 100% digital, après tout le principe même de l’activité de taxi requiert des éléments physiques pour assurer le transport et ils sont largement majoritaires dans la prestation. Une fois la dose de digital injectée, on peut affiner en ajoutant des briques qui n’ont rien à voir mais qui peuvent faciliter l’adoption, comme un haut niveau de service, l’écoute du consommateur…

Digitalisation va souvent de paire avec disruption.

Cette dernière est l’action de changer une composante d’une activité “traditionnelle” pour modifier la façon dont on appréhende le marché. Pour paraphraser Brian Solis, “la fin du business comme d’habitude”. Il suffit de prendre une composante d’un business que tout le monde considère comme immuable et de le changer. Si ça marche vous obtenez un avantage concurrentiel important (mais probablement de courte durée).

Une disruption n’est pas nécessairement digitale et à vrai dire il n’y a pour moi pas de différence entre disruption et évolution. C’est un à instant T, tirer partie d’une innovation (pour rappel, une innovation n’est pas forcément technologique) pour modifier l’existant.

Lorsque qu’un hominidé a décidé de volontairement cuire sa viande, il a innové et disrupté le marché de la nourriture tout en ouvrant une multitude de nouveaux champs d’innovation et de disruption…

Rien de digital là dedans mail il est probable que sans ça nous nous ne parlerions pas aujourd’hui de digitalisation.

Alors qu’elle est l’apport de la digitalisation ?

Sur le principe fondamental de l’évolution, de la disruption, RIEN. Et pourtant TOUT.

Il faut prendre les principes fondamentaux du Big Data pour mesurer l’impact de la digitalisation (je me contenterai des principes, ça n’est pas un cours sur le big data).

On définit généralement le big data par 3 caractéristiques :

  • Volume
  • Variété
  • Vélocité

Et tout est dit. Ce sont la les 3 disruptions amenées par le digital. Tout va plus vite, se produit à grande échelle et varie en permanence. Pour autant il n’est pas forcément souhaitable de tout faire en même temps car il faudra composer avec une force de la nature : la résistance au changement. Ou pour le dire autrement “tout le monde est d’accord avec le changement, tant qu’il ne concerne que les autres….”

Mais pourquoi la charrue avant les bœufs ?

Si vous retournez jeter un œil à un précédent article, vous trouverez les 6 étapes de la transformation digitale. La première consiste à penser qu’il suffit d’investir dans du matériel, des logiciels, des experts, des services en ligne…. pour que naturellement tout change dans l’entreprise.

C’est ce que j’appelle la charrue avant les bœufs, ou dit autrement, “à quoi sert un outil si personne ne sait s’en servir”?

Comme je suis un dinosaure du digital, j’ai eu la joie de faire un service militaire. Une période pas si désagréable quand on y pense, mais ça n’est pas le sujet de ce site. Ce qui m’intéresse c’est la première journée, celle où l’on vous fait passer tout un tas de test. Une question reste gravée dans ma mémoire, celle où l’on vous présente un marteau et où l’on vous demande par qu’elle bout il se tient.

Conclusion : si la question est posée c’est que certains ne savent pas.

Si cette question est légitime pour un simple marteau alors que dire pour des outils numériques ?

Si vous achetez des outils numériques et que personne dans votre entreprise ne sait s’en servir, quel est le retour sur investissement ? Probablement négatif….

Pour trouver des exemples, pas besoin de chercher dans les dernières hautes technologies. Calculez simplement combien de licences de traitements de texte il y a dans votre entreprise, combien de personnes ont été formées à son usage et combien ont réellement suivi et appliqué la formation. Si j’utilise une échelle classique, je ne devrais pas être loin de la vérité : 100 licences, 10 utilisateurs formés, 1 compétent.

Ah oui mais les “digital natives” savent. C’est connu, les jeunes d’aujourd’hui sont nés avec la technologie et donc il maîtrisent tous les outils. Donnons leur des tablettes et ils inventeront un monde meilleur….

Vous y croyez vraiment ? Vous en avez combien de ces digital natives ?

Oui certaines tâches deviennent plus simples à accomplir mais elles débloquent par la même un nouveau niveau de complexité et d’abstraction. Demandez à une personne qui travaille à Pôle Emploi si rendre les inscriptions en ligne obligatoires à rendu tous les demandeurs d’emploi capables d’utiliser un site internet ?

Il y a des pré requis, savoir lire, en français et comprendre la logique de navigation…

Mais à quoi je veux en venir ?

Dans la plupart des entreprises, vous avez déjà de nombreux outils “digitaux” à votre disposition mais vous ne les exploitez pas.

J’entends encore trop le traditionnel “l’informatique c’est de la merde” ou “ça marche pas”. Si vraiment c’est le cas alors n’en achetez pas, mais il est rare qu’un produit qui ne marche pas se vende à des millions d’exemplaires. Il est temps de vous intéresser à “l’interface chaise machine” et si le manuel d’utilisation fait 900 pages par langue il est peut probable que 30 minutes de prise en main suffisent.

Conclusion :

Avant de céder aux sirènes d’une nouvelle technologie miracle, exploitez celles que vous avez déjà et/ou assurez vous que vous avez un plan pour l’exploiter efficacement.

Les armoires sont remplies d’outils extraordinaires que personne n’utilise par manque de formation et/ou d’intérêt réel.

Résumé
Digitalisation, la charrue avant les boeufs
Sujet
Digitalisation, la charrue avant les boeufs
Description
Pourquoi la transformation numérique est avant tout une aventure humaine et managériale plutôt que technologique
Auteur
Editeur
Digital Senpai
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